Herbert Wild (casquette blanche) en train de grimper
Par Herbert Wild
Vous n'êtes qu'un moment dans une histoire immense,
Ô géants casqués d'or au soleil du matin,
La ruine attaquait déjà votre naissance
Quand vos plis lourds montaient hors du berceau marin.
Vous semblez éternels et vous n'êtes que rêves.
Fugitive apparence au flot du souvenir.
La passagère illusion des formes brèves
Dont la Force revêt l'incessant Devenir.
Domes glacés, sombres aiguilles irréelles
Au profil déchiré plus noir dans la clarté
Du soleil de midi frappant ses étincelles
Sur chaque point neigeux de votre infinité.
Grain à grain, pierre à pierre, au gré des eaux sauvages
Le temps, de votre masse, aplanira l'orgueil
Et vous ne serez plus que bas-fonds et rivages
Où blanchit le ressac sur l'invisible écueil.
Les orages, les vents, de votre architecture
Emietteront les roc, éclatés par le gel
Et les flots conquérants courberont leur voussure
Où le bleu des glaciers cherchait le bleu du ciel.
Pics altiers dont les mers auront rasé la forme
La vase des grands fonds reposera sur vous,
La nuit des océans et le silence énorme
Règneront lourdement sur vos sommets dissous.
Sur votre sépulture il n'y aura plus d'âge.
Mais un jour, dans l'abîme où vous aurez sombré.
La terre changera son mobile visage
Et vibrera longtemps dans son sein déchiré.
Et du sillon géant de la fosse éphémère
Ourlet prodigieux engendrant les Titans,
Un ridement poindra jailli vers la lumière,
D'où naîtront de nouveau les pics étincelants.