Février ou mars 1967 –
De l’intérêt de suivre les cours du soir de l’IAE et la sublime révélation.
Privée de bac Chantal a toujours eu à cœur de faire des études
supérieures. Bien avant son mariage elle suivait déjà assidûment des cours
du soir du CNAM (conservatoire des arts et métiers). Elle a continué à
les suivre après son mariage jusqu’à présenter un mémoire (date ?)
attestant de travaux de recherche expérimentale pour obtenir un diplôme
d’ingénieur du CNAM. Les cours du soir finissaient tard, très tard, trop
tard et se transformaient comme par magie en cours d’astronomie ou
d’histoire du Moyen-Age dont les séances se tenaient, non pas à Pau,
mais à Orthez ! Je ne l’appris incidemment que plus tard en tombant sur
des photos révélatrices. Tout cela alors que je l’attendais avec patience
au studio des Marronniers. L’occasion pour moi de mettre au clair le
compte-rendu de mes expériences de la journée. A son retour je la félicitais
d’une telle assiduité tardive et n’y voyais pas malice. En fait elle me
trompait, ne serait-ce qu’en me cachant ses incartades à Orthez. Naïf et
confiant je n’ai même pas vérifié les horaires des cours du soir. 10 ans
plus tard elle remit ça et ce fut plus grave (voir plus loin, en 1977).
Son diplôme CNAM en poche et ne trouvant pas de travail correspondant
à cette qualification, elle repartit pour un tour en suivant les cours du
soir de l’IAE, l’institut d’administration des entreprises. Et moi d’attendre
à nouveau le soir dans le petit studio en me rongeant les sangs. Mais cette
fois ce fut rentable. Des ingénieurs désireux de quitter leur entreprise,
ou simplement par précaution, préparaient eux aussi le diplôme délivré par
l’institut. Au cours d’un break entre deux heures de cours elle surprit une
conversation entre deux ingénieurs de la SNPA, travaillant au centre de
recherches de cette société, à Pau. Tout était parti d’une sieste (répétée)
dans un placard. Drôle de conversation pour ces gens sérieux ayant généralement
des préoccupations qui ne prêtent pas à rire. Et pourtant ils riaient à gorge
déployée. Intriguée Chantal leur demanda quel était le motif de leur joie.
L’un des deux ingénieurs, Jocelyn Garcia, lui expliqua qu’il s’agissait d’un
étudiant de la fac Sciences de Pau auquel la SNPA offrait la possibilité d’arrondir
ses fins de mois en effectuant quelques menus travaux de laboratoire pour le
compte des techniciens en titre. Son statut, pour le moins précaire, lui
laissait entière liberté pour suivre ses cours à l’université voisine, ne lui
imposait pas un quota d’heures, mais à l’inverse il ne devait pas travailler
au centre de recherches plus de 60 heures par mois et pas plus d’un an. Il était
HOT, soit sous un régime horaire, occasionnel et temporaire. Mais la contribution
de cet étudiant se résumait à pointer en entrant dans le centre et en en sortant,
pour accumuler des heures. Entre ces deux activités rémunératrices il se
débrouillait pour être introuvable lorsqu’on avait besoin de lui. Dans un premier
temps les gens pensaient qu’il suivait assidument ses cours. Beaucoup de cours.
Jusqu’au jour où un technicien ayant besoin d’un accessoire ouvre le placard
dans lequel le titulaire HOT dormait à poings fermés. Dès lors sa réputation
d’étudiant écrasé de cours et de travail fut fortement mise à mal et le
service songea alors à se séparer de lui, de ce fameux Bénibre que je n’ai
jamais vu, ce qui libérait une place, je n’ose dire un poste, de HOT dans le
service de… Bernard Poquet !
Lorsque j’entends cette histoire de la bouche de Chantal mon sang
ne fait qu’un tour. Mais c’est bien sûr ! Je connais l’épouse de Bernard
Poquet, Elisabeth, l’un de mes profs préférés de la fac de Science. J’ai fait
sa connaissance alors qu’elle venait d’être mutée à Pau. C’était du temps
du CSU au début des années soixante. Elle me plaisait tellement que je
suivais plusieurs cessions du même cours. Et j’en étais à me demander par
quel mystère une aussi belle femme pouvait s’épanouir dans ce monde sec
des formules mathématiques alambiquées et de ces molécules sauvages pour
ne pas dire patibulaires qui n’inspirent auxun sentiment. Elle enseignait
la chimie analytique, puis plus tard la thermodynamique chimique. Un jour
elle s’aperçut de ma présence bis et me le fit remarquer publiquement.
Elle a pris un risque. Que serait-il arrivé si je lui avais répondu que
j’étais amoureux d’elle ?
Il n’empêche ! Une lumière venait de s’allumer pour moi après toutes ces
semaines, ces mois d’incertitude passés dans une cave obscure ou un hangar
aux quatre vents à fabriquer des cols de cygne pour le réseau de distribution
d’eau de la SOBEP. A mi-temps, tôt le matin afin de libérer l’après-midi
pour assister aux cours à la fac et récupérer ceux auxquels je n’avais
pu assister le matin. Pour ce faire je traversais Pau dans tous les sens
avec mon petit vélo. Ce travail manuel - que je ne détestais pas - était
sinistrement répétitif : couper des tubes d’acier, faire des filetages,
manipuler la filasse et les enduits d’étanchéité, peindre les dits col
de cygne avec de l’anti-rouille puis une peinture verte et toujours recommencer.
J’avais parfois aidé à des relevés topographiques dans la nature, le pied.
Il y avait aussi le projet de repeindre les stations de distribution d’eau
potable [voir lettre à Anfoy]. Activité payée au lance-pierre évidemment
(environ 200F par mois, le prix de la location du bureau dans lequel
nous habitions).
Et quitte à être mal payé (HOT, comme plan de carrière, n’offrait pas
des horizons indépassables – voire), mais enfin payé pour faire au
moins ce à quoi j’aspirais, ce pourquoi j’étais fait. Un rêve !
Retrouver, après des années d’errance et à grande échelle, quelque
chose qui ressemblerait au petit labo de jadis que je m’étais créé.
Et encore, j’ignorais totalement les axes de recherches futuristes
du service dans lequel s’ouvrait une possibilité de travailler. De
tout cela je n’osais y croire… je me retrouvais tout à coup dans
l’état d’esprit qui fut le mien lorsque ma voiture, au volant de laquelle
je me cramponnais, s’était mise à osciller au-dessus du précipice.
C’était du tout ou rien.
Un labo, un immense jardin à Arudy... mon enfance réconstituée.
C’est à ne pas y croire.
Mars 1967 - Entrevue avec Elisabeth Poquet avec profil bas… être
si proche de dieu ! Enfiler des perles… La réputation du CRP est telle...
Mars 1967 - Entrevue avec Bernard Poquet au CRP. Un JL Séris
épineux, mes beaux rêves compromis. Le mensonge qui m’a sauvé
in extremis à cause de la fin des sursis accordés pour le
service militaire…
Mars 1967 - L’adieu à la SOBEP et entrevue avec son directeur (Mr Charles ?)
3 rubriques à développer
En route pour le prix Nobel !
Lundi 3 Avril 1967 - Je rentre donc au CRP (SNPA) en tant qu’HOT,
à temps partiel, ce qui me permet de faire de la recherche (Photochimie)
tout en terminant mes études à la Fac de Pau. (Je pense que ce statut
hybride et très profitable pour les étudiants est l’invention d’Inchauspé.
Séris ne m’a jamais présenté à Inchauspé. Oubli, calcul, mépris,
méfiance, négligence ? Ou simplement question de standing pour Séris
vis à vis d’Inchauspé, lequel ne jure que par Polytechnique et Centrale.
Alors un paillasseux universitaire… la honte !
La vie au CRP, la cantine, les gens… à dvper