Dimanche 19 Mars 1961
Qu’ai-je noté à propos de ce jour-là dans mon carnet ?
Ce jour qui a tant marqué Marie que tous les ans elle en fête l’anniversaire !
A l’issue d’une longue journée d’escalade et d’une fréquentation inhabituelle
du rocher (pensez donc, six grimpeurs, la foule !) je note avec regret : il faut partir.
Mais dans le champ situé à la sortie du Défilé [les Propylées de Sestograd City,
rien que ça] nous rencontrons les parents de François venus aux nouvelles avec leur
fille Marie. Le père est sympathique, la maman assez effacée et la sœur de François
mignonne. Hervé connaît par parenté leur grand-mère.
Le retour en vélo avec Hervé est tranquille, une fois passée la côte de Sévignacq.
Dimanche prochain ! Oui. [Grand projet à l’Ossau].
Avec plus de détails
Dimanche 19 Mars 1961 – Escalade à Sesto en petite collective.
Je fais connaissance avec la famille de François (Dominique,
Denyse et Marie).
Equipes : Hervé-Jean-Marcel Besson, François-Patrick. Véhicules :
vélos (Hervé et Jean), moto (Patrick), vélomoteur : François. Trajets :
Pau-Arudy et Assat-Arudy.
Journée d’escalade pour faire plaisir au frère cadet de JP Besson,
Marcel, et nous mettre en forme pour le grand jour (malheur et chierie
le temps si beau et si stable a tourné et est devenu stablement mauvais).
L’eau de l’abreuvoir de notre ferme habituelle est captée par un immense
tuyau vert qui nous conduit à une petite carrière que nous croyions
désaffectée. Le fils de la ferme est en train de découper une tranche
de calcaire avec un fil de fer de 1 km de long et il lui faut du sable
et de l’eau nous explique-t-il. Installation vraiment curieuse.
Il y a du travail.
Au rocher nous retrouvons Fougère François qui vient d’arriver,
avec un camarade (Patrick). Petit casse-croûte puis à l’attaque ;
nous allons, bien sûr, là où Hervé a échoué il y a 15 jours et fait
un vol mémorable.
Je monte en tête sur le Bloc Coincé, suivi de Patrick et Marcel. Patrick
ne monte pas très vite mais il est sûr de lui. Marcel est à l’aise.
Hervé fait cordée avec François. Il me rejoint sur le Bloc après
s’être bien ennuyé dans le Dièdre : manquant d’assurance (effet colatéral
de son vol sans doute) il est resté au fond du dièdre jusqu’au
« nid d’aigle » alors qu’il faut partir à droite sur une dalle bien
avant. Marcel et François nous attendent sur la plate-forme située
sous le bloc, la plate-forme qui a failli être fatale à Hervé.
Séance photos sur la Vire aérienne, puis l’attaque le « surplomb de
la mort ». Doubles cornières dont l’une très longue là où Hervé s’était
contenté d’un piton quasiment symbolique. [Il attachait son sac de
montagne sur le porte-bagage de son vélo avec de vieux lacets de
chaussures. Ça tenait comme ça pouvait et parfois le sac prenait
la poudre d’escampette.] Une autre cornière longue est nécessaire
pour parvenir dans la zone permettant l’escalade libre. J’ai un mal
de chien pour l’enfoncer dans une fissure carrée.
Ainsi paré je me sens prêt à partir en libre. Après quelques hésitations
je demande tout le mou à Hervé… et rien ne vient, la corde est coincée.
Je redescends le plus vite possible jusqu’au dernier piton planté et
m’aperçois avec horreur qu’il est en train de s’en aller ! La cornière
d’acier a fait sa place dans le calcaire et n’est pas coincée [Plus
tard, en 1965 à Ansabère, j’ai été confronté au même phénomène, ce qui
m’a valu un beau vol]. Je m’emploie donc à replanter plus haut ce piton
récalcitrant, pour pallier les frottements de la corde. L’entendre
chanter n’est pas une certitude de bonne tenue. Un Cassin supplémentaire
coincé entre un bloc et la paroi achève de me rassurer tout en me
laissant quelque peu dubitatif
quant à la solidité de tout cet assemblage. Vivement que je sorte
d’ici. Sitôt dit sitôt fait et je plante le piton de relais sur la
plate-forme médiane, non loin de l’Aiguillette. Il aura fallu 1h1/2
pour surmonter ce « surplomb de la mort » !
Patrick me suit au bout de la corde. Hervé lui prodigue ses conseils.
Il arrive sinon facilement, du moins sans grandes difficultés. Marcel
le suit et se débrouille bien. Mais tous ont eu une petite émotion
dans ce passage.
C’est ensuite au tour de la cordée Hervé-François. François, peu
coutumier du fait doit assurer Hervé. Lequel doit vaincre la malédiction
du « surplomb de la mort » et ne se sent pas très à l’aise assuré
par François. Mais tout se passe bien. Enfin François doit s’engager
dans la galère de, non seulement surmonter cet obstacle inédit pour
lui, mais en outre nous lui confions la tâche de dépitonner !! |Je
me demande à quoi nous pensions à cette époque !]. Il s’atèle à
l’ouvrage et réussit à extraire les pitons, non sans mal, dans les
positions les plus diverses, suspendu à la corde (je rappelle que
nous n’utilisons pas de baudrier) au-dessus d’un vide certain. Mais
il est adroit. A chaque piton récupéré les cris de joie fusent, surtout
les miens : « 300 balles de plus de récupéré ! » Ls spectateurs
rigolent sans vergogne. Hervé essaie de nous calmer : « Ne riez pas
comme ça ! » disait-il en pouffant. Le dernier piton est un poème à
enlever, et François peut enfin rejoindre Hervé à l’Aiguillette [qui
est en fait un petit édifice de blocs entassés, dont la solidité
n’est pas garantie]. Les quatre grimpeurs s’y regroupent (Hervé,
Patrick, Marcel et François). Je prends une photo qui montre qu’il
n’y a jamais eu autant de monde jusqu’à présent sur ce rocher de Sesto.
Tout le monde termine par la voie classique de la Cheminée Carrée.
Casse-croûte. Patrick s’en va. Ceux qui restent font la voie en Z.
Après quoi Marcel Besson en demande encore. Nous l’amenons à la Micro
Rod, d’après le nom qu’il a transmis à son frère JP quand il a raconté
sa journée (Microde en fait). Il passe allègrement, ainsi que Fougère
et moi. Hervé patine un peu.
Devant les dons de Marcel pour l’escalade je lui propose de s’attaquer
au pilier Sud de l’Aiguille Sud, une couenne sur laquelle Hervé et
moi avions piteusement échoué, repoussés dans le vide par des difficultés
extrêmes pour nous. Dûment averti Marcel est d’accord pour tenter
le coup, et plein d’énergie se lance à l’assaut assuré du haut.
Mais il dévisse avant même d’avoir atteint le point extrême que
j’avais touché, et il pendule vers la droite du passage. Mais il
ne se laisse pas démonter pour si peu. Il repart et franchit le
passage en s’aidant de la corde, puis avec Hervé en haut qui le
soulage d’une partie de son poids en tirant sur la corde d’assurance.
Il sort par le sommet. La conclusion est que la voie la plus dure
de ce rocher n’a pas encore trouvé sa solution.
En quittant les rocher, à la sortie du défilé, dans le champ qui
lui succède, nous tombons sur les parents de François dont le père
est sympathique, la mère assez effacée, et sa sœur Marie, mignonne
blondinette aux yeux bleus. Hervé a connu par parenté la grand-mère
Fougère. Et a tout de suite repéré la jolie Marie.
Le retour à Pau en vélo est tranquille. De son côté le frère d’Hervé,
Vincent, est allé visiter la grotte du Roy avec Besson, Belmont et
Cie. La grotte est paraît-il colossale mais laide.
Dimanche prochain ! Oui. Mais pour l’instant le baromètre descend,
descend… et le temps n’est pas beau. Espérons que tout ça va s’éclaircir.