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Jean M. Ollivier | all galleries >> Climbing and skiing in Pyrenees in the '30s >> Maïté Cabanne > Pene Sarrieres le 7 octobre 1934, à Gourette
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7 Octobre 1934 R. Ollivier

Pene Sarrieres le 7 octobre 1934, à Gourette

On reconnaît Maïté Cabanne (au centre) et Herbert Wild (à droite)
Le sommet du Sarrières se détache mal des contreforts de la Latte de Bazen en arrière-plan.
Fugace instant de plaisir sur un sommet, fragilité du moment qui revit chaque fois que l'on regarde cette photo.
Ce pourrait être aujourd'hui.

HORIZONS PYRENEENS

LA TERRASSE DE PAU
par Herbert Wild

Le boulevard des Pyrénées occupe une situation privilégiée dans le monde, oserai-je dire, en tant que belvédère. Installé sur le rebord longitudinal du plateau palois, sur de hauts murs de soutènement, il surplombe la vallée du Gave. Penché sur le vide, on domine de magnifiques frondaisons, épaisses comme les amas de feuillages d’une forêt tropicale, où les tulipiers énormes se mêlent aux essences de nos régions. Des encoches taillées dans le métal du parapet guident le regard sur les sommets pyrénéens. Sur chaque encoche une plaque donne le nom et l’altitude de la cime visée. Sur deux kilomètres de longueur, ce balcon s’étend parallèlement aux Pyrénées. Du Parc Beaumont, aux frondaisons telles qu’en rêva Doré, où les conifères puissants se mêlent curieusement aux palmiers et aux essences des types septentrionaux, où les pelouses au tracé choisi sont coupées d’étang aux belles courbures, où les grands arbres au-delà desquels se devine la rupture de pente vers la vallée encadrent de leurs vertes embrasures les pics de la grande chaîne, il va jusqu’à la Place Royale, point essentiel d’observation.
Point essentiel, car dès qu’on s’éloigne à droite ou à gauche, ou plus précisément vers l’Est ou l’Ouest, le caractère du panorama se transforme immédiatement. Le décor qu’on a devant soi depuis le parapet de la Place Royale offre une symétrie singulière qui est un de ses éléments les plus beaux et que le Pic d’Ossau détermine avant tout. Exactement au centre du panorama, au fond du sombre couloir bleu de la Vallée d’Ossau, par delà les forêts et les vertes collines, l’Ossau se dresse seul, étroite silhouette de Cervin pyrénéen, au milieu d’un large vide. Il jaillit dans l’espace, si abrupt, si mince que la neige n’y reste guère attachée, sauf en filets blancs sur la noirceur de la vertigineuse dent. Et de part et d’autre, après un vide, la ligne des sommets se relève symétriquement, lentement. Vers l’Ouest reprend la foules des cimes, dominées par le Pic de Sesques, large trapèze blanc entouré de crêtes, de tours escarpées. Le Pic d’Anie termine vers la droite l’immense procession de ces hauts seigneurs. La pyramide rocheuse, posée sur un large socle, semble la borne occidentale de la grande chaîne. Au-delà les monts s’abaissent, vers Biarritz, vers le pays basque. A l’Est de l’Ossau reprennent les hautes cimes, de plus en plus hautes : le Ger des Eaux-Bonnes, abrupt, nu, luisant sous la lumière ; la Latte de Bazen, derrière laquelle le Balaïtous lointain dresse sa tête souveraine sur la frontière d’Espagne ; les Gabizos déchirés ; plus loin, le Vignemale aux escarpements coupés de neige et de glace. Avancé vers la plaine, le Pic de Bigorre, lourd, trapu, s’érige comme un promontoire. Le Pic Long, le plus haut sommet pyrénéen en terre farnçaise, tendant les blancheurs du glacier d’Ardiden, le Néouvielle, ciselé en aiguilles, ferment le décor. Et plus près, bordant la zone des hauts sommets, s’élancent d’un jet les longues pentes forestières des premiers chaînons, somptueux manteau d’où jaillit la nudité lumineuse des cimes. Car les Pyrénées, où la neige ne les couvre pas, laissent souvent apparaître des roches claires ou vigoureusement colorées. Les Alpes sont noires et blanches. Les Pyrénées sont blanches et nuancées de tons infinis.
Et à chaque heure le spectacle change. Le Pic d’Ossau devient parfois d’un noir étrange sous une nuée d’orage, ou, lorsque les brumes couvrent les vallées, seule la Dent hardie semble posée dans l’espace sur une barre de vapeurs. Parfois un voile de brume cache les monts, de la base au sommet, et vraiment, il n’y a plus de Pyrénées... Vous causez, vous détournez les yeux pendant quelques minutes... Vous regardez de nouveau : la chaîne, depuis les lointaines Pyrénées Centrales jusqu’au Pic d’Anie, se dresse nette, étincelante. Le soir elle se teinte de rose, ou, comme un écran violet, elle détache ses aiguilles et ses crêtes fantastiques sur un fond d’or bizantin.
Lamartine a dit que Pau est la plus belle ville de terre, comme Naples est la plus belle ville de mer. Une des plus belles, dirai-je, car dans mon souvenir apparaissent d’autres visions splendides : Berne et l’Oberland rougi par les feux de l’Occident ; Victoria et le Puget Sound dominé par les Monts Olympiques ; Neufchâtel et le lac et le décor immense des Alpes...
Mais ici il y a autre chose encore : il y a cette harmonie profonde des formes, cette douceur un peu languide du climat qui enveloppe celui dont l’âme fatiguée cherche la paix sereine. Je me rappelle ces mots de Barrès : « Il y a, dans mon rêve, une douce terrasse pareille aux promenades qui dominent le Gave et la prairie de Pau ; c’est un espace de méditation qu’aux meilleurs moments, chaque semaine, je parcours. Rien ne m’y heurte ; tout m’y rassérène, et, dans cette langueur des monts qui, le soir, se vaporisent vers l’azur liquide des cieux, je trouve pour me cicatriser l’apaisante certitude du repos acquis à nos morts. »
Mais moi, sur la terrasse, je porte mes yeux vers les cimes et je songe, secouant cette trop douce impression, que dans peu je serai là-haut, dans l’air coupant comme un tranchant de glace, où l’esprit s’envole puissant, affranchi de ses rets ; où, loin des mélancolies paralysantes, la vie dure et dangereuse donne force au corps et à l’esprit.

LA HAUTE MONTAGNE
par Herbert Wild

J'ai presque regret de ne parler des Pyrénées que pour en donner un si bref aperçu. Il y aurait tant à dire, car en réalité elles sont si peu connues, si peu parcourues ! Je dirais volontiers, en égoïste : heureusement. Elles sont encore si solitaires. Les refuges y sont rares. Il faut les parcourir lourdement chargé, avec le matériel de couchage dans le sac, les provisions pour plusieurs jours, les objets nécessaires, crampons, cordes. Il faut avoir un bon entraînement. Mais comme cette solitude multiplie l'effet de grandeur et de beauté ! Je me souviens d'un mot de Pol Neveux, avec qui je m'entretenais, il y a deux ans, de ces Pyrénées qu'il a beaucoup aimées, lui aussi ; je lui disais que maintenant j'en arrivais à les préférer aux Alpes. « Oui, me disait-il, c’est qu’elles ont encore le mystère ». Il avait dit le mot juste. Elles ont encore le mystère dont la cohue envahissante, les funiculaires, les palaces, les refuges édifiés à toute origine d’ascension intéressante ont dépouillé les Alpes... Les Alpes, où les voies d’ascension ressemblent maintenant à des pistes de chenille processionnaires, où les snobs mâles et femelles se font hisser par les guides comme des ballots sur les cimes célèbres... Et je songe aux solitudes pyrénéennes des lacs de Campo Plano , au domaine immense du versant aragonais, de la haute Catalogne, aux vallées espagnoles que ne parcourent point de routes dont les remblais et les talus détruisent l’harmonie des versants .
Un souvenir : la Vallée d’Astos, là-bas entre les Posets et le Perdighero. Nous revenions des Posets, la seconde cime des Pyrénées, d’où l’on aperçoit 400 kilomètres de chaîne et, quand le temps est clair, l’Atlantique à l’Ouest et la Méditerranée à l’Orient. Nous descendions par des clairières entre des bouquets de sapins épais, à travers des champs de pavots jaunes d’or, de hautes anémones, sur des pentes couvertes de rhododendrons flamboyants. La beauté d’un parc naturel, et au-dessus des neiges, les arêtes et les aiguilles hardies. Toujours ces contrastes immédiats de couleurs vives et de l’austérité des neiges, d’harmonie et de puissance, ceci faisant valoir cela.

DERNIERES LUEURS

Horizons pyrénéens encore solitaires... J’aurais voulu parler de vous plus longuement. Il y aurait tant à dire. Les aspects déchirés et sauvages d’un Balaïtous, la silhouette équilibrée d’un pic d’Enfer, l’inoubliable belvédère des Posets, la naissance du printemps aux mille fleurs dans la retraite des neiges, la montée des troupeaux, la vie chez les bergers...

Une impression dernière, celle-ci dans une région solitaire...

Très haut déjà, dans les premières lueurs de l’aube, nous suivions l’arête étroite qui va du Petit au Grand Batchimale. La beauté du jour resplendissait sur la nudité des rocs et la blancheur des neiges. Les glaciers des Monts Maudits scintillaient dans l’Est. Près de nous, ceux des Posets et du Pic d’Eristé bleuissaient avec des reflets froids dans leurs conques suspendues aux versants plongeant encore dans l’ombre. Des brumes montaient ; elles dégageaient entre leurs déchirures des replis de mont, où s’attardait la nuit. Mon compagnon posa son sac dans une anfractuosité entre les deux abîmes. Et il resta debout, détaché sur le ciel. Le fer du piolet étincelait. Et dans l’air vibrant et limpide, il se mit à chanter...
La dernière note du chant montagnard courut le long des verticales et longtemps résonna dans les cirques glacés. Dans l’incomparable pureté du ciel pyrénéen, nous restions immobiles sur l’arête étroite au bout de laquelle le Grand Batchimale dresse sa crête abrupte hors des névés rapides.
Les brumes s’élevaient avec une vitesse croissante. Elles fondaient dans la rouge lueur du matin. Et tout à coup les monts altiers s’élancèrent autour de nous en théorie puissante, dévoilés des torrents profonds aux cimes étincelantes, du blanc Perdighero aux Posets, des pics ariégeois au Mont Perdu lointain, dont la splendeur glacée barrait le ciel de l’Ouest. Et le silence emplissait le monde. Seul, un imperceptible son de clochette, grêle et fragile, montait d’inaccessibles profondeurs bleues...

Herbert Wild

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