Samedi 19 Octobre 1963 – Sesto
Cordée : R. Ollivier-Jean
Véhicule : voiture de Robert
Le père Ollivier a fini par arriver, se libérant des griffes
de son sex-toy favori. Je lui ai sans doute parlé de mes derniers
« exploits » de grimpeur, sans trop m’étendre sur ceux de mes
études. Cela lui donna envie d’aller grimper à Arudy.
Nous restâmes dans le classique éprouvé : voie du Bloc Coincé-Vire
et sortie classique. Et voie Microde pour les muscles.
Samedi 26 Octobre 1963 – Sesto.
Equipe : François-Jean
Véhicules : 250cc Peugeot pour François, 500cc RGST pour Jean.
C’est un peu la glandouille, l’occasion une fois de plus de
faire respirer les motos. Objectif : le nouveau refuge. Il est
noté : un trou. Les travaux avancent comme on peut le voir. Les
ouvriers sont un peu fatigués.
Vendredi 1er Novembre 1963 – Sesto.
Participants : François, Marie, Catherine, Cécile, Jean, Leire, Podevin, Debat.
Véhicules : 2 CV, moto 500cc RGST de Jean.
La forme a l’air bonne pour moi aujourd’hui. Nous nous retrouvons
tous les cinq au parking habituel.
Au sortir du Défilé il nous semble entendre des voix du côté de
notre rocher. What ? Des chasseurs ? Nenni, il s’agit, ô chose
extraordinaire, de grimpeurs. JP Leire, M. Podevin et JP Debat.
Ils sont au pied de l’Aklon et s’y éternisent. Un jeune chien nous
attend au bivouac. On aura tout vu !
Des injures familières de toutes sortes montent vers les parois.
Cela crée l’ambiance et nous affranchit des salamalecs hypocrites
habituels. Personne n’est dupe, excepté les nouveaux, un peu abasourdis.
Bienvenue dans le nouveau monde, bienvenue à Sestograd City !
Leire est le premier des grimpeurs de l’Aklon à nous rejoindre. J
e lui propose de faire la Verte en tête afin de voir s’il a vraiment
fait des progrès. Il est d’accord. Il négocie bien le dièdre de départ,
IV+, mais traîne un peu dans la partie facile qui rejoint le R1 de la Verte.
Podevin qui veut le suivre est incapable de franchir le dièdre initial
et doit se tirer à la corde. Quant à François et moi, évidemment, pas
de problème.
Leire canne lamentablement dans la fissure de la Verte, impressionné
par le vide, car on est en l’air ici. Il me cède sa place. Cette Verte
il y a deux ans que je ne l’ai grimpé en tête. Je suis en pleine forme
et très à l’aise, bien décollé du rocher, ollé ! Leire est admiratif,
Podevin râle, comme toujours.
Dans le haut de la fissure je dérange un grand oiseau blanc qui me bondit
à la figure, me heurte, lache une fiente sur Leire et s’en va à tire d’aile.
Hou la ! Quel est cet oiseau ? Leire et Podevin grimpent la fissure sans
histoire. Ils vont revenir, disent-ils, avec des outils pour défricher dès
demain. Rendez-vous donc demain. Peut-être que nous dormirons là. Sympa.
En bas les filles nous ont préparé un thé de Chine excellent en guise de
viatique pour descendre le pierrier dans la pénombre qui s’est abattue.
Croquis de la Verte, joint au texte. D, 35 m, 1 piton.
Page 387 du Carnet II
Samedi 2 Novembre 1963 – Sesto.
Cordée : François-Jean
Véhicule : 2 CV
Arrivés en début d’après-midi au rocher nous attendons en vain les
débroussailleurs auto-déclarés Leire et Podevin. A midi encore ils
étaient sûrs de venir. A morts les velléitaires qui ne tiennent pas parole !
Mais nous avons de quoi nous occuper, François et moi. , buis taillés,
aménagement du bivouac, tests de tamponnoir en faisant des trous.
Il faut préparer l’avenir !
Afin d’apporter une note de fantaisie et mettre de l’ambiance François
a amené sa trompette et lance des notes des plus bruyantes dans l’air
calme de Sestograd. Il y a même de l’écho ! Cela n’a pas l’heur de
plaire aux ouvriers de la carrière voisine qui se mettent à nous
gueuler dessus. Il n’en faut pas plus pour que François redouble ses
trilles sonores à tous les échos afin de fermer la gueule de ces
besogneux ignares. Ils n’aiment pas la trompette, non mais quoi ?
Ouah ah ah !
Nous dégustons le repas du soir auprès d’un beau feu clair qui nous
réchauffe agréablement. Quelle paix, quelle tranquillité, que ça dure…