Photo : Robert Ollivier sur le Baou de St-Jeannet
Samedi 6 Octobre à Mercredi 17 Octobre 1962 – Nice, quartier Cimiez.
Participants : Robert Ollivier, Maïky, Jean.
J’ai accepté cette visite à Nice en forme d’épilogue, je ne sais
plus pour quelle raison. Une faiblesse sans doute. Et quel contraste,
avec mes amis Hervé et François, et aussi surtout avec la famille des
Foufou qui m’accueille toujours avec joie, qui a fêté ma majorité de
21 ans avec tant d’amour.
Voyage sans problèmes. Le père Ollive conduit bien. Le plein
d’essence à Aix-en-Provence après 592 km (46,45 litres) soit 7,85 l/100 km.
Nice m’a paru une ville étrange. Ville super-grouillante ai
-je noté, et bruyante. Nous nous arrêtons pour prendre un
café. Infâme café (sic). Je vois passer une moto Triumph
anglaise, ce qui me déride un peu. Je regrette déjà d’être venu.
C’est triste ici. Personne ne m’aime, je n’aime personne.
En me faisant venir ils cherchent une légitimité à leur fuite
égoïste dans cette ville. Comment puis-je adhérer à leur
projet de narcissiques et de traitres ? Comédie, comédie,
je suis un lâche ai-je noté à ce moment-là.
Dimanche 7 Octobre 1962 – Nice
Le séjour démarre sur les chapeaux de roues. Nous devons
partir tôt le matin dans le vieux Nice récupérer Françoise
Zénon, la dernière conquête de Maïky, toutes affaires cessantes.
On croit rêver. A peine arrivée à Nice la perverse Maïky
s’était déjà macquée avec une minette. Le père Ollive pour la
sécurité matérielle en contrepartie de quelques baises
inoffensives et Françoise pour satisfaire les désirs lesbiens
refoulés afin de réaliser ce qu’elle pensait être le vrai amour
de sa vie. D’où l’ambiguïté permanente du comportement de cette
sorcière bisexuelle polyvalente, essayant de ménager la chèvre et le
choux, incompréhensible pour un être normal comme moi.
Dans une rue du vieux Nice un nain commente avec humour les nouvelles
du jour.
Ce fut donc une journée de tourisme organisée pour la gouine et elle seule.
Je n’avais qu’à suivre et remercier pour toutes les merveilles qu’on nous
ferait découvrir. D’abord la rade de Villefranche. Le tour de la rade
en bateau est offert à Maïky d’abord, puis à Françoise [Pourquoi pas
ensemble ?]. Le bateau s’éloigne relativement loin du quai. Puisse-t-il
ne point revenir pensais-je en moi-même.
Le tourisme se poursuit à l’intérieur des terres avec la visite du village
d’Eze. Il me charme : c’est mignature, mignon, un peu mièvre ai-je écrit.
Le Caveau des Légendes est marrant et astucieux.
Le retour à Nice se fait sous la pluie – dans ce pays où il ne pleut
jamais, soi-disant – assombrissant le paysage, lui ôtant ses couleurs,
et le rendant tel qu’il est, comme Nice qui commence à ressembler à une
ville du Nord, l’architecture en moins.
Lundi 8 Octobre 1962 – Nice.
Bête matinée où, aux environs de midi, il faut faire les courses
au Supermarché du coin. SM Maïky, trop fatiguée par la journée
d’hier ne vient pas. « Vous savez ce qu’il faut acheter, mais n’oubliez
rien. Il faut que je téléphone à Françoise. » Toutou Robert ne se
pose pas de questions et obtempère, lui qui plus de vingt ans
durant, a honteusement laissé sa femme et mère de ses quatre enfants
faire le marché et les courses avec son seul vélo comme moyen de
locomotion et de transport, sans jamais lui venir en aide. Lui qui
allait « travailler » en voiture à quelques km de la maison. Monsieur
se permettait de gueuler si le moindre retard affectait les repas
de midi et du soir. Mam n’a jamais compris, ou voulu comprendre,
que c’était un sale mec, un pervers narcissique dont elle aurait
dû sucer la bite pour le rendre soumis et serviable, et même fidèle
lui qui n’a jamais dragué qui que ce soit. Aussi simple que cela.
Mais non, elle préférait bêtement le traiter de tout, en pure perte
évidemment. Très contreproductif.
Après le déjeuner un saut à St Paul de Vence, patelin à la mode que
je trouve charmant. Visite de nombreux magasins de souvenirs.
Achats de bricoles, dont un beau coupe papier (peut-être aussi une
chevalière sans valeur pour moi). Pipes énormes. Nous sommes allés
à Ve… et trouvons la pizzeria fermée. Retour à Nice. Courrier.
Mardi 9 Octobre 1962 - Nice
Lever tardif et n’avons rien fait de la matinée. Le temps est maussade.
L’après-midi visite de Villefranche, bis repetita, sa rade, un bateau
Corsaire et la Chapelle de la Mer décorée par Jean Cocteau.
Sommes allés voir des forts sur le Mont Boron et le Mont Alkan.
De retour à Nice visite d’un parc situé sur l’une des collines
de la ville comportant des ruines moyennageuses (sic).
Mercredi 10 Octobre 1962 – Nice
Première urgence de la journée : aller récupérer la môme Zénon
Françoise à son domocile et la déposer au cinéma de son choix en
ville avec sa copine Maïky.
Le père tient à me montrer le Baou de St Jeannet et son magnifique
village. Nous aurions pu grimper, mais un nerf [lequel ?] me fait mal.
Je grimpe néanmoins un bout de rocher pour me dérouiller.
Nous continuons à faire du tourisme par Gourdon en passant par
Tourettes (?) et les Gorges du Loup. Je trouve ce village sensationnel.
Jeudi 11 Octobre 1962 – Nice, Baou de St Jeannet – Arête SE.
Equipe : Robert-Jean
Françoise doit dormir, donc le matin il ne se passe rien, presque
comme d’habitude je dirais. Maïky passe quelques disques.
Me sentant mieux qu’hier, le nerf s’étant remis en place, papa
propose de retourner au Baou de St Jeannet grimper l’une des voies.
Il choisit l’arête SE qui domine le village et la fait en tête.
L’attaque est assez difficile (elle ressemble à celle de la voie
des Soupirs à Sesto), mais la suite se déroule sur un excellent
rocher facile à grimper. Je fais quelques photos.
Je garde un assez bon souvenir de cette journée
Vendredi 12 Octobre 1962 – Pluie à Nice.
Dans ce pays « où il ne pleut jamais », il faut parfois supporter
des journées entières sous… la pluie, dans une grisaille désespérante.
C’est aussi l’occasion de vaquer à des occupations banales telles
qu’aller se faire couper les cheveux au coiffeur du coin [C’est
la dernière fois que je suis allé me faire tailler les cheveux par
un professionnel. Mes coiffeurs amateurs furent Chantal, puis Françoise.
Je m’en occupe moi-même désormais]. Puis, sur les conseils paternels
je passe chez un kiné pour me remettre les vertèbres cervicales en place,
peut-être déplacées lors de l’accident avec le GPR de Juin. C’est
tout à fait violent : il me tourne la tête de droite et de gauche à
toute vitesse. Je sors de là sans savoir qui je suis et d’où je viens.
Il me faut un moment pour retrouver mes esprits. J’ai l’impression que
c’est pire que l’accident lui-même. Admettons que je sois guéri, car
je ne retournerai pas chez ce chiropractor de mes deux. Cruel souvenir de Nice.
Samedi 13 Octobre 1962 – Nice, Villefranche, Eze.
Matin de glandouille dans l’appartement, ça ne s’améliore pas.
Je sors d’un rêve affreux qui m’a déstabilisé pour la journée :
dans mon rêve d’une réalité hallucinante Marie était morte. J’ai
ressenti un chagrin et un désespoir immenses, à ne pas m’en
remettre. [C’est bien la preuve que je l’aimais].
Mon pauvre père ne sait que faire pour me distraire. Maïky est aux
abonnés absents. Sympa la mémé dont l’attitude traduit bien l’état
d’esprit : « Tu as voulu ton fils, démerde t’en. J’ai d’autres priorités ».
Nous retournons, papa et moi, sans la harpie, à Villefranche pour
nous baigner. L’eau est froide, le soleil minable. Pour nous
réchauffer nous montons à Eze admirer le panorama.
Ce soir Maïky, qui n’apprécie pas de rester seule et sans sa copine,
veut faire un repas « en famille », famille dont elle pense faire partie.
Une partie de poker durant l’apéritif devrait bien inaugurer d’un
bon repas qu’elle a elle-même préparé, une fois n’est pas coutume.
Un repas bien arrosé s’entend, avec le meilleur cru de la région.
Tout se passe bien jusqu’au dessert. A trois nous avons descendu
trois litres d’un vin liquoreux. Maïky, petite nature frêle et
légère, commence à avoir ses yeux de merlan frit. Elle a certainement
bu plus d’un litre et l’alcool l’a transportée dans un monde
paradoxalement plus près de la réalité. Elle se prend à désirer
fébrilement un mâle de son âge, si près d’elle, si beau, si vigoureux
sans doute. Elle colle ses jambes contre les siennes, lui prend la
main, le fixe d’un regard où la langueur le dispute à la
lubricité. C’est un véritable appel.
Le père Ollive, qui n’est pas dupe, sonne immédiatement la fin de la
récré. Tout le monde au lit ! Nous déservirons la table demain.
Nos chambres sont voisines. Quelques instants avant de sombrer dans
un lourd sommeil d’ivrogne j’entends mon père s’activer furieusement
dans le vagin de son sex-toy, en faisant craquer le lit. Elle ne soupire
même pas. Une vraie paillasse. Peut-être quand même rêve-t-elle
que c’est moi qui la fourre à fond, de mon membre jeune et généreux.
Piètre compensation. Mais je n’ose pas imaginer ce qui se serait
passé si elle était venue dans mon lit…
Dimanche 14 Octobre 1962 – Nice, Levens, St Martin Vésubie.
Tourisme aujourd’hui. Nous allons visiter Levens. Je ne note pas
la présence de Maïky. Sur la route, très belle, nous pouvons admirer
une abbaye remarquable. J’ai remarqué de beaux jardins à Levens.
De là nous continuons par la route qui mène à St Martin Vésubie et
qui traverse des gorges assez belles. Nous nous approchons du cœur
des Alpes Maritimes [J’y reviendrai 4 ans plus tard, en 1966, pour
gravir la cime St Robert. Maïky sera de la partie]. Habitué des
grandes parois pyrénéennes je trouve ces montagnes assez modestes.
Lundi 15 Octobre 1962 – Nice, Vallauris.
Pour occuper la matinée je pars en Solex (celui de Maïky qui
l’a emprunté à Françoise – quand d’aucune prête son Solex elle
est prête à tout, dit le proverbe que je viens d’inventer),
faire des courses au supermarché du coin.
Tourisme à nouveau durant l’après-midi. Nous allons visiter,
papa et moi, Vallauris et ses curiosités artisanales. Je les
trouve pas mal mais je ne suis pas emballé, comparé au travail
des verriers de Villefranche ainsi que des peintures qui y sont exposées.
Mardi 16 Octobre 1962 – Cap d’Antibes, Eden Roc, Juan-les-Pins, Cannes
Tourisme à tout crin aujourd’hui avec l’idée de me faire aimer
la région, sans doute pour y revenir.
Cap d’Antibes, Eden Roc, Juan-les-Pins, Cannes et tous ses yachts
de luxe. En rentrant nous faisons un crochet par l’aéroport de
Nice afin de satisfaire ma passion pour les avions. Je peux enfin
voir un Comet anglais, une Caravelle française ainsi que d’autres
avions moyens courriers…
Mercredi 17 Octobre 1962
Départ à 9h par le train qui m’amène directement à Pau. Durant
le trajet j’ai discuté avec un grand-père de 80 ans qui venait
d’arrêter de fumer… ses 100 cigarettes par jour qu’il roulait
lui-même ! (l’équivalent de 5 paquets).
Je suis sans doute rentré à pied à El Patio avec un petit crochet
par Mamaïta pour programmer une prochaine aventure avec Hervé.